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Analyses du front

Carte blanche de Faire Front (version longue) : Un virus sexiste et injuste ?

Publié le 15 mars 2021

Mars 2021 : après un an de confi­ne­ment, il est néces­saire de Faire Front contre les consé­quences injustes des mesures

Par Faire Front*

Un virus sexiste et injuste ?

Il y a tout juste un an, ce fou­tu virus nous a confi­né. Il nous a pri­vé d’accolades et de grandes tablées ami­cales, il a plon­gé de nombreux/ses aîné.e.s dans une immense soli­tude et de nombreux/ses pré­caires dans une encore plus grande pré­ca­ri­té. Il a pri­vé les ado­les­cents et les jeunes de leurs espaces de vie et d’interactions. Il a tué beau­coup d’entre nous.Il a fait por­ter aux per­son­nels des soins une énorme charge de tra­vail, de fatigue et de tris­tesse, il a pri­vé de tra­vail et de reve­nus des cen­taines de mil­liers d’entre nous, pous­sant cer­tain-es au déses­poir. Le bilan de ce virus est de toute façon acca­blant : ce n’est pas néces­saire de cher­cher d’autres reproches à lui adresser !

Et pour­tant, lorsque nous regar­dons d’un peu plus près tous ces méfaits, un élé­ment saute aux yeux : les femmes et les mères seules, les enfants et les ados, les pen­sion­né-es, les pauvres et les pré­caires, les per­sonnes iso­lées, les inté­ri­maires, les petits indé­pen­dants, les artistes, les inter­mit­tents, les migrants, les sans-papiers, les sans-domi­ciles, les pri­son­niers, les tra­vailleuses du sexe, etc. sont frap­pées plus dure­ment que les autres. Dans le même temps, les plus riches ont sou­vent pu tirer pro­fit de la crise pour s’enrichir encore. Les grandes entre­prises ont pu conti­nuer à fonc­tion­ner et à engran­ger des pro­fits impor­tants. Cer­taines s’apprêtent à ver­ser de géné­reux divi­dendes à leurs actionnaires.

En plus d’être sour­nois, conta­gieux, mor­tel, ce virus serait donc aus­si sexiste et injuste ?

À moins que … 

À moins que ce virus n’ait pas d’opinions ni de pré­fé­rences ou encore de res­pon­sa­bi­li­tés morales ; qu’il fasse sim­ple­ment, bête­ment, ce que les virus savent faire : pro­li­fé­rer par­tout où il le peut, sans aver­sion par­ti­cu­lière contre la culture ou la démo­cra­tie, sans aucune pré­fé­rence pour telle ou telle caté­go­rie sociale.

Les choix poli­tiques ont aggra­vé les inéga­li­tés et les injustices 

Mais alors, puisque, sans le moindre doute, le confi­ne­ment et l’ensemble des mesures prises ont frap­pé plus dure­ment les sec­teurs les plus fra­giles, qui est res­pon­sable ? Qui doit rendre des comptes ? Pour­quoi les temples du com­merce ont-ils rou­vert si rapi­de­ment alors que les lieux de culture res­tent fer­més ? Pour­quoi a‑t-on mobi­li­sé si vite 390 mil­lions pour une com­pa­gnie aérienne, et si peu pour les plus pauvres et les plus pré­caires ? pour­quoi le per­son­nel soi­gnant et les autres métiers essen­tiels n’ont-ils encore vu aucune reva­lo­ri­sa­tion sérieuse venir ? Des pour­quoi comme ceux-là, nous en avons des dizaines, ils nous emplissent d’une vaste colère.

Nous ne vou­lons plus d’une ges­tion de la crise qui ne consi­dère pas les liens sociaux et la soli­da­ri­té comme des valeurs essen­tielles. Nous ne vou­lons plus que la crise que nous vivons col­lec­ti­ve­ment exa­cerbe encore les inéga­li­tés et soit assu­mée injus­te­ment par les publics déjà vic­times d’injustices au quotidien.

Répé­tons-le : nous ne vou­lons pas non plus d’un retour à la nor­male, car cette « nor­ma­li­té néo­li­bé­rale », faite d’inégalités vio­lentes, de mon­dia­li­sa­tion insen­sée, de des­truc­tion des ser­vices publics, de mar­chan­di­sa­tion de la vie et de rési­gna­tion à la catas­trophe éco­lo­gique, est aus­si la source du drame que nous vivons. L’échec des poli­tiques néo­li­bé­rales menées ces 4 der­nières décen­nies est com­plet. Une rup­ture avec ce modèle est néces­saire, urgent, et possible.

En mars, les mou­ve­ments sociaux passent à l’action

Nous sommes res­pon­sables, et atten­tifs aux dan­gers de conta­gion, mais cer­tai­ne­ment pas rési­gnés. Et nous comp­tons bien le mon­trer, en por­tant haut et fort, dans la rue et dans l’action, nos reven­di­ca­tions légi­times qui doivent être enten­dues et concré­ti­sées, par de nou­veaux choix politiques.

Le 8 mars, le mou­ve­ment fémi­niste a mobi­li­sé une fois de plus des mil­liers de femmes par­tout en Bel­gique et dans le monde dans le cadre de la jour­née inter­na­tio­nale des droits de femmes. Des grèves ain­si qu’une mul­ti­tude d’actions ont eu lieu pour dénon­cer les vio­lences et les inéga­li­tés sexistes que le sys­tème patriar­cal engendre au quotidien.

Le 10 mars, le mou­ve­ment des sans-papiers orga­nise, à 19 heures, l’évènement en ligne “Sans papiers, sans droits, écra­sés par la loi”. Depuis un mois déjà, des per­sonnes en situa­tion de séjour irré­gu­lier occupent l’église du Bégui­nage au cœur de Bruxelles. L’évènement pro­pose de reve­nir sur le vécu des per­sonnes concer­nées et de mettre en avant qu’elles sont leurs moti­va­tions et reven­di­ca­tions, visant à rendre enfin les poli­tiques migra­toires plus humaines et justes. L’évènement est dif­fu­sé sur face­book : http://www.facebook.com/tv.sanspapiers

Le 13 mars, le monde cultu­rel sous la ban­nière de “Still Stan­ding For Culture” orga­nise pour la 4e fois des actions par­tout dans le pays pour mettre la ges­tion de la crise en débat. Nous met­trons nos corps et nos voix en mou­ve­ment pour expri­mer notre colère et débattre ensemble des choix poli­tiques qui depuis main­te­nant un an n’ont que trop peu été débat­tus. Pour par­ti­ci­per aux actions : http://www.stillstandingforculture.be/appel-du-13-mars/

Le 14 mars, deux jours avant les audi­tions du pro­cès pénal enga­gé par des citoyen.e.s et des orga­ni­sa­tions contre les auto­ri­tés belges, le mou­ve­ment “l’affaire cli­mat” orga­nise une jour­née d’action dans toute la Bel­gique, pour mon­trer que nous vou­lons une véri­table poli­tique de lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques et que l’état est aujourd’­hui cou­pable de ne pas en faire assez. Pour rejoindre les actions : https://www.cncd.be/affaire-climat-mobilisation

Le 15 mars, Pour la 4ème fois, les jeunes, sous la ban­nière de “jeu­nesse en lutte”, se mobi­lisent sur les cam­pus contre la pré­ca­ri­té étu­diante et l’i­so­le­ment. Ils orga­nisent des ras­sem­ble­ments à Bruxelles, à Namur, à Lou­vain la Neuve et à Liège pour reven­di­quer un retour en pré­sen­tiel ain­si que des mesures d’aides sup­plé­men­taires pour les étu­diants en situa­tion de dif­fi­cul­tés finan­cières. Le mou­ve­ment invite tou.te.s les jeunes, travailleur.se.s en for­ma­tion, étudiant.e.s ou non, à rejoindre le mou­ve­ment, à s’or­ga­ni­ser et à lut­ter ensemble. Pour plus d’in­for­ma­tion sur les ras­sem­ble­ments :Bruxelles : https://fb.me/e/1613WBeHH ; Lou­vain-la-Neuve : https://fb.me/e/18NDNqyw0 ; Liège : https://fb.me/e/1d5flEjVR ; Namur : https://fb.me/e/3ndGJO9i3

Le 21 mars, dans le cadre de la jour­née inter­na­tio­nale de lutte contre le racisme, des ras­sem­ble­ments sont orga­ni­sés par­tout en Bel­gique pour lut­ter contre les vio­lences racistes et dis­cri­mi­na­toires vécues au quo­ti­dien par les per­sonnes raci­sées. C’est l’op­por­tu­ni­té pour ces orga­ni­sa­tions et pour les col­lec­tifs de per­sonnes raci­sées de dénon­cer le racisme d’é­tat et les vio­lences poli­cières. Les mobi­li­sa­tions ont pour but de dénon­cer les vio­lences struc­tu­relles pré­sentes dans notre socié­té. Des col­lec­tifs de per­sonnes sans papier invitent éga­le­ment les mani­fes­tants à se retrou­ver à l’oc­cu­pa­tion de l’É­glise Saint-Jean-Bap­tiste-au-Bégui­nage à Bruxelles.

Plus d’infos : Mons : https://www.facebook.com/events/431250777934888/?acontext=%7B%22event_action_history%22%3A[%7B%22mechanism%22%3A%22discovery_this_week_tab%22%2C%22surface%22%3A%22bookmark%22%7D]%7D ;

Bruxelles : https://www.facebook.com/events/471296630721996/

Les 23 et 24 mars aura lieu le pro­cès en appel de onze per­sonnes pour­sui­vies depuis 2017 pour tra­fic d’êtres humains et par­ti­ci­pa­tion à une orga­ni­sa­tion cri­mi­nelle. Les per­sonnes incul­pées risquent jus­qu’à 10 ans de pri­son. La pla­te­forme #soli­da­ri­ty is not à crime appel à se mobi­li­ser le 23 mars à 8 h devant le Palais de jus­tice contre la cri­mi­na­li­sa­tion de la soli­da­ri­té et contre ce pro­cès qui n’a que pour seul but de ter­ro­ri­ser les per­sonnes migrantes et les per­sonnes qui leur viennent en aide. Ils orga­nisent éga­le­ment une cagnotte pour les frais de justice.
Plus d’infos ici : solidarityisnotacrime.org

Le 28 mars, sous la ban­nière de l’appel euro­péen “Euro­pean Action Coa­li­tion for the Right to Hou­sing and to the City”, des mobi­li­sa­tions auront lieu à Bruxelles et dans toute l’Europe pour réaf­fir­mer que se loger digne­ment est un besoin fon­da­men­tal et un droit à la digni­té. Et pour­tant, le mar­ché du loge­ment montre chaque jour un peu plus sa totale inca­pa­ci­té à répondre à la crise du loge­ment. En effet, en Bel­gique c’est plus de 45 000 ménages en attente d’un loge­ment social, des loge­ments insa­lubres payés tou­jours plus cher, une explo­sion du nombre de sans-abri dans les rues de Bruxelles, etc. Pour par­ti­ci­per à l’action : http://www.housing-action-day.be/fr

Le 29 mars, les syn­di­cats orga­nisent une jour­née natio­nale de grève pour dénon­cer le gel sala­rial (0,4% maxi­mum) et reven­di­quer : une marge indi­ca­tive pour l’augmentation des salaires ; une aug­men­ta­tion sen­sible du salaire mini­mum et des bas salaires ; des accords pour amé­lio­rer les car­rières pro­fes­sion­nelles et les fins de car­rière ; la modi­fi­ca­tion de la loi injuste sur la norme sala­riale de 2017. Pour plus d’in­fos : ici ou ici

Faire Front invite tous les groupes, col­lec­tifs et vic­times indi­vi­duelles de l’injustice de ces poli­tiques et mesures dis­cré­tion­naires à rejoindre ces mobi­li­sa­tions, pour que la jus­tice et la digni­té ne soient pas elles aus­si tuées par le Covid.

Agir pour que toutes ces luttes se ren­forcent mutuellement 

Toutes ces luttes sont impor­tantes, se ren­forcent mutuel­le­ment et sont reliées : elles s’inscrivent en rup­ture avec cette logique capi­ta­liste mor­ti­fère. Elles reven­diquent, ici et main­te­nant, une autre ges­tion des risques sani­taires plus juste, plus humaine et plus soli­daire ; et, pour demain matin, un autre modèle de société.

Dans l’immédiat, et sans attendre l’allègement géné­ral des mesures, il faut en rééqui­li­brer la charge, en consi­dé­rant la culture, les liens sociaux, comme aus­si impor­tants – et davan­tage ! – que le com­merce et le pro­fit. Il faut éga­le­ment com­pen­ser inté­gra­le­ment les pertes de reve­nus des plus précaires.

Et demain, il fau­dra tirer les leçons des causes et des consé­quences de cette catas­trophe, pour amor­cer un réel chan­ge­ment de cap. Et c’est pos­sible ! On peut par­fai­te­ment trans­for­mer radi­ca­le­ment nos modes de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, et nos rela­tions avec les êtres humains et la nature. Il existe des alter­na­tives simples, cré­dibles et immé­dia­te­ment réa­li­sables pour remettre la finance à sa juste place, pour dimi­nuer radi­ca­le­ment le poids de la dette, pour sor­tir de l’austérité, pour refi­nan­cer les ser­vices publics et la culture, etc. Pour concré­ti­ser ces alter­na­tives et rompre avec l’orientation capi­ta­liste de nos éco­no­mies, au mini­mum deux élé­ments seront néces­saires : du cou­rage poli­tique, mais aus­si et sur­tout un mou­ve­ment social puis­sant qui mette la pres­sion sur nos représentant.e.s poli­tiques afin qu’ils/elles œuvrent réel­le­ment en faveur des inté­rêts de la majo­ri­té de la population.

*Faire Front est un espace de conver­gence des mou­ve­ments sociaux né au début du pre­mier confi­ne­ment, qui réunit plus de 100 orga­ni­sa­tions, asso­cia­tions ou col­lec­tifs qui reven­diquent, ensemble, une rup­ture démo­cra­tique, sociale et éco­lo­gique !

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