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Analyses du front

Nouvelle carte blanche de Faire Front (version courte pour Le Vif) : Un virus sexiste et injuste ?

Publié le 15 mars 2021

le Vif : http://www.levif.be/actualite/belgique/un-virus-sexiste-et-injuste-carte-blanhe/article-opinion-1403805.html

Après un an de confi­ne­ment, il est temps de Faire Front
contre les consé­quences injustes des mesures

Adé­laïde Char­lier – Youth for Climate

David Mur­gia – comédien

Chris­tine Mahy – RWLP

Char­lotte Casier – Col­lec­tif 8 mars

Eva Beta­vat­zi – Action loge­ment Bruxelles

Jean-Fran­çois Tamel­li­ni – FGTB Wallonne

Felipe Van Keirs­bilck – CNE CSC

Nadia Cor­ne­jo – CNCD 

pour Faire Front*

Un virus sexiste et injuste ?

Il y a tout juste un an, ce fou­tu virus nous a confi­né. Il nous a pri­vé d’accolades et de grandes tablées ami­cales, il a plon­gé de nombreux/ses aîné.e.s dans une immense soli­tude et de nombreux/ses pré­caires dans une encore plus grande pré­ca­ri­té. Il a pri­vé les ado­les­cents et les jeunes de leurs espaces de vie et d’interactions. Il a tué beau­coup d’entre nous. Il a fait por­ter aux per­son­nels des soins une énorme charge de tra­vail, de fatigue et de tris­tesse, il a pri­vé de tra­vail et de reve­nus des cen­taines de mil­liers d’entre nous, pous­sant cer­tain-es au déses­poir. Le bilan de ce virus est de toute façon acca­blant : ce n’est pas néces­saire de cher­cher d’autres reproches à lui adresser !

Et pour­tant, lorsque nous regar­dons d’un peu plus près tous ces méfaits, un élé­ment saute aux yeux : les femmes et les mères seules, les enfants et les ados, les pen­sion­né-es, les pauvres et les pré­caires, les per­sonnes iso­lées, les inté­ri­maires, les petits indé­pen­dants, les artistes, les inter­mit­tents, les migrants, les sans-papiers, les sans-domi­ciles, les pri­son­niers, les tra­vailleuses du sexe, etc. sont frap­pées plus dure­ment que les autres. Dans le même temps, les plus riches ont sou­vent pu tirer pro­fit de la crise pour s’enrichir encore. Les grandes entre­prises ont pu conti­nuer à fonc­tion­ner et à engran­ger des pro­fits impor­tants. Cer­taines s’apprêtent à ver­ser de géné­reux divi­dendes à leurs actionnaires.

En plus d’être sour­nois, conta­gieux, mor­tel, ce virus serait donc aus­si sexiste et injuste ?

À moins que … À moins que ce virus n’ait pas d’opinions ni de pré­fé­rences ou encore de res­pon­sa­bi­li­tés morales ; qu’il fasse sim­ple­ment, bête­ment, ce que les virus savent faire : pro­li­fé­rer par­tout où il le peut, sans aver­sion par­ti­cu­lière contre la culture ou la démo­cra­tie, sans aucune pré­fé­rence pour telle ou telle caté­go­rie sociale.

Les choix poli­tiques ont aggra­vé inéga­li­tés et injustices 

Mais alors, puisque, sans le moindre doute, le confi­ne­ment et l’ensemble des mesures prises ont frap­pé plus dure­ment les sec­teurs les plus fra­giles, qui est res­pon­sable ? Qui doit rendre des comptes ? Pour­quoi les temples du com­merce ont-ils rou­vert si rapi­de­ment alors que les lieux de culture res­tent fer­més ? Pour­quoi a‑t-on mobi­li­sé si vite 390 mil­lions pour une com­pa­gnie aérienne, et si peu pour les plus pauvres et les plus pré­caires ? pour­quoi le per­son­nel soi­gnant et les autres métiers essen­tiels n’ont-ils encore vu aucune reva­lo­ri­sa­tion sérieuse venir ? Des pour­quoi comme ceux-là, nous en avons des dizaines, ils nous emplissent d’une vaste colère.

Nous ne vou­lons plus d’une ges­tion de la crise qui ne consi­dère pas les liens sociaux et la soli­da­ri­té comme des valeurs essen­tielles. Nous ne vou­lons plus que la crise que nous vivons col­lec­ti­ve­ment exa­cerbe encore les inéga­li­tés et soit assu­mée injus­te­ment par les publics déjà vic­times d’injustices au quotidien.

Répé­tons-le : nous ne vou­lons pas non plus d’un retour à la nor­male, car cette « nor­ma­li­té néo­li­bé­rale », faite d’inégalités vio­lentes, de mon­dia­li­sa­tion insen­sée, de des­truc­tion des ser­vices publics, de mar­chan­di­sa­tion de la vie et de rési­gna­tion à la catas­trophe éco­lo­gique, est aus­si la source du drame que nous vivons. L’échec des poli­tiques néo­li­bé­rales menées ces 4 der­nières décen­nies est com­plet. Une rup­ture avec ce modèle est néces­saire, urgente, et possible.

Mars : un prin­temps de luttes convergentes

Ce mois de mars voit, presque chaque jour, la mobi­li­sa­tion de col­lec­tifs de « per­dants du confi­ne­ment » et des vic­times des injus­tices de notre modèle éco­no­mique, aggra­vées par la pan­dé­mie. Fémi­nistes le 8, sans-papiers le 10, monde de la culture le 13, « affaire cli­mat » le 14, anti­ra­cistes le 21, droit au loge­ment le 28, front com­mun syn­di­cal le 29, et nous en oublions beaucoup …

Cha­cune de ces luttes est impor­tante, et elles se ren­forcent mutuel­le­ment. elles sont reliées parce qu’elles s’inscrivent en rup­ture avec cette logique capi­ta­liste mor­ti­fère. Et par ce qu’elles reven­diquent : ici et main­te­nant, une autre ges­tion des risques sani­taires plus juste, plus humaine et plus soli­daire ; et, pour demain matin, un autre modèle de société.

Dans l’immédiat, et sans attendre l’allègement géné­ral des mesures, il faut en rééqui­li­brer la charge, en consi­dé­rant la culture, les liens sociaux, comme aus­si impor­tants – et davan­tage ! – que le com­merce et le pro­fit. Il faut éga­le­ment com­pen­ser inté­gra­le­ment les pertes de reve­nus des plus précaires.

Et demain, il fau­dra tirer les leçons des causes et des consé­quences de cette catas­trophe, pour amor­cer un réel chan­ge­ment de cap. Et c’est pos­sible ! On peut par­fai­te­ment trans­for­mer radi­ca­le­ment nos modes de pro­duc­tion et de consom­ma­tion, et nos rela­tions avec les êtres humains et la nature. Il existe des alter­na­tives simples, cré­dibles et immé­dia­te­ment réa­li­sables pour remettre la finance à sa juste place, pour dimi­nuer radi­ca­le­ment le poids de la dette, pour sor­tir de l’austérité, pour refi­nan­cer les ser­vices publics et la culture, etc. Pour concré­ti­ser ces alter­na­tives et rompre avec l’orientation capi­ta­liste de nos éco­no­mies, au mini­mum deux élé­ments seront néces­saires : du cou­rage poli­tique, mais aus­si et sur­tout un mou­ve­ment social puis­sant qui mette la pres­sion sur nos représentant.e.s poli­tiques afin qu’ils/elles œuvrent réel­le­ment en faveur des inté­rêts de la majo­ri­té de la population.

*Faire Front (www.fairefront.be ) est un espace de conver­gence des mou­ve­ments sociaux né au début du pre­mier confi­ne­ment, qui réunit plus de 100 orga­ni­sa­tions, asso­cia­tions ou col­lec­tifs qui reven­diquent, ensemble, une rup­ture démo­cra­tique, sociale et éco­lo­gique !

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